Guy Montis

Exposition : Les visages de Paris

Deuxième exposition à la galerie Durand-Ruel : la tête des autres dans la galerie de tableaux de Guy Montis.
Je n’ai pas seulement voulu limiter mon exposition à des paysages de Paris, mais à y intoduire des éléments anecdotiques susceptibles d’inciter les gens à regarder mes toiles. C’est pour cette raison que j’ai exécuté des portraits d’artistes et d’écrivains célèbres.

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Dans la luxueuse galerie qui est celle de Durand-Ruel, les cimaises s’éclairèrent un jour d’un flot de toiles et de dessins qui contaient l’histoire d’un petit village nommé Maussane.

C’était comme si un peu de l’âme de la Provence s’était exilé au coeur de Paris. Dans le visage ensoleillé de cet exil on retrouvait d’ailleurs les rues de Maussane, les maisons, le clocher, les vieux moulins en ruines...Les paysans de la vallée des Baux étaient aussi du voyage : le père Louis qui avait gardé la casquette crasseuse qu’il enfonce, à chaque aube, jusqu’aux oreilles avant de regagner son champ, Etienne, le berger à moustaches de patriarche...

Ainsi à l’ombre de Notre-Dame, toile par toile, Maussane revivait, offrant aux visiteurs, dans le miroitement des couleurs, la nostalgie éblouissante du mistral.

Dans un coin de la galerie, silencieux et ému, le peintre Guy Montis, muré dérrière les traits étranges d’un visage qui semble illustrer quelque romencero gitan, feignait d’oublier qu’il était, à cette minute même, le héros d’un événement parisien. Il continuait à s’imaginer entre les quatre murs de soleil de son mas.

Il ne réagit qu’en entendant une voix félinine s’écrier dans son dos :

_Il n’y a qu’un pur Provençal pour sentir avec une sincérité aussi vive l’âme de la Provence !

Ce fut pour Guy Montis le plus beau compliment de cette journée. Alors seulement un sourire gentiment ironique vint mourir, comme une bulle, à la surface de ses lèvres.

_Au fond, ce n’est que la terre que l’on aime qui est la vôtre, dit-il. A la vérité, je suis un bien singulier provençal. J’ai vu le jour en Pologne et j’ai grandi à Paris où je suis arrivée à l’âge de quatre ans, avec mes parents. La guerre d’abord, les vissicitudes de l’occupation ensuite m’ont conduit à me réfugier dans le Sud-Est. D’étapes en étape, je finis un matin par voir surgir sur la route le visage antique de Saint-Rémy. Je reçus un choc, je l’avoue. Le paysage m’hypnotisa, la lumière qui l’inondait me paraissait irréelle.

A ce contact qui le nouait étroitement à la nature, Guy Montis sentit le besoin de s’exprimer et d’engloutir dans l’horizon d’une toile toutes ses sensations d’artiste.

Jusqu’alors la peinture n’avait été, pour lui, qu’un passe temps. Régisseur du Théâtre des Arts (devenu le Théâtre Hébertot), c’est à la scène qu’il réservait la meilleure part.

Le ciel de Saint-Rémy, accroché aux oliviers et aux cyprès,le gagna définitivement à la cause da la peinture. Guy Montis s’installa à Maussane, et à bout de pinceau il se saisit de tous les paysages de l’endroit.

Désormais, Guy Montis est un habitant de Maussane. Les paysans l’ont adopté. Il y a acheté un mas et, s’il le quitte parfois pour un séjour sur les bords de Seine, il s’empresse de revenir afin, dit-il, "de changer la lumière de mes yeux". A Maussane, le peintre ne s’est pas contenté de puiser sqa joie en peignant, il a voulu partager son bonheur avec les autres. Durant des mois son vaste atelier se transformait le soir venu, en salle de classe.

_Un jour, en effet, raconte t-il, le fils du menuisier a franchi le seuil de mon mas pour mr demander conseil. Il aimait peindre et dessiner il n’avait pas la possibilité de suivre des cours. Je l’invitais à venir me voir chaque soir après son travail. Cette initiative encouragea d’autres jeunes du village, des cultivateurs pour la plupart. Au bout d’un mois, ils furent trente-deux à fréquenter régulièrement mon atelier... Bientôt des jeunes gens de St-Martin-de-Crau vinrent à leur tour me solliciter. Cette expérience m’a enchanté. Vous ne pouvez pas savoir de quelle façon extraordinaire ces paysans réagissaient ! J’ai découvert, parmi eux, des talents insoupçonnés. Si la vie leur en donne les moyens, je suis persuadé qu’ils s’épanouiront magnifiquement.

Après avoir montré, Maussane aux Parisiens, Guy Montis eut l’idée de donner à voir, aux paysans de Provence, les visages de Paris.

Il partit donc pour la capitale et pendant des semaines y demeura, travaillant ferme.

_Je n’ai pas seulement voulu limiter mon exposition à des paysages de Paris, mais à y intoduire des éléments anecdotiques susceptibles d’inciter les gens à regarder mes toiles. C’est pour cette raison que j’ai exécuté des portraits d’artistes et d’écrivains célèbres. Je n’ai eu qu’à faire appel à mes anciennes amitiés de Théâtre, notamment à Henri Guisal et Gilbert Gil grâce à qui de nombreuses portes se sont ouvertes sans aucune difficulté.

Son exposition “Visages de Paris”, Guy Montis l’a tenue à l’Hôtel de Ville d’Arles. Les jours de marché, les paysans venus des localités environnantes n’ont pas manqué de s’y rendre.

_Au fond, assure le peintre, il faut parfois essayer d’amener les gens à la peinture par le sujet qui les tente le plus. En venant admirer la vedette que l’on aime, on peut du même coup découvrir le visage de la peinture, de l’art. C’est ce que j’ai essayé de faire.

En vous présentant également quelques-uns de ces "visages de Paris" , Marseille-Magazine n’a d’ailleurs pas d’autre prétention.

Chaque portrait a son anecdote et celle-ci vous est comtée. Sachez que le modèle le plus difficile à prendre fut Marcel Achard, et que le "visage" le plus vite enlevé fut celui de Noël-Noël : en moins de trois heures.

Guy Montis ne compte pourtant pas s’arrêter là : son carnet d’adresses regorge de rendez-vous. Une fois encore, il va tourner le dos à Maussane pour ajouter à sa galerie quelques visages de Paris. Jean Richard et ses fauves, Geoges Brassens et sa guitare, Léo Ferré et ses deux Saint-Bernard, Pierre-Jean Vaillard et ses rosseries, attendent leur tour de pénétrer dans ce musée Grévin à l’enseigne du soleil de Maussane.

Paris verra, bien entendu, à la rentrée, cette exposition. Le catalogue sera préfacé par une chanson inédite de Francis Lemarque "Le Grutier".

Chez Guy Montis le peintre n’a tout de même pas entièrement dévoré l’homme de théâtre.

Jean-René LAPLAYNE

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