Guy Montis

Le travail des années provençales de Guy Montis offert aux parisiens.

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GUY MONTIS

C’est à Pierre Renoir que je dois d’avoir connu Guy Montis, il y a une dizaine d’années. Le fils du vieux pape de la peinture s’était pris d’amitié pour ce garçon de l’espèce Jack London, car, il avait exercé dix métiers et même rôdé sur les planches de divers théâtres, avant de se livrer à la peinture, ce vice que certaines circonstances de la vie contiennent larvé et que certaines exaspèrent pour le tourment ou pour la joie de ceus qui en sont affligés.

Depuis cette époque lointaine où je vis les premiers essais de Guy Montis, je sus qu’il avait pris racine en Provence, reçu une bourse de la fondation Blumentahal et que, non content de peindre, il lui arrivait de réunir des ouvriers, des paysans, et de les diriger vers quelque musée pour leur apprendre à voir. Rien n’est plus louable que ce genre de sacerdoce.

Voici Guy Montis pour une exposition qui ne ressemble à nulle autre. Ce jeune artiste (il est encore sur la côte ensolleillée de la quarantaine) n’est pas allé chercher ses paysages en Patagonie, ses fleurs au marché de la Madeleine, ses modèles à Tolède ou à Tahiti. Les sites, les produits du sol, les hommes à leur métier, les nombreux portraits que propose Guy Montis composent l’iconographie d’un village de France, de Maussane en Provence, quelque part du côté d’Arles. Cette initiative est neuve, et cette trentaine d’images d’un seul village suffirait à justifier l’attrait de cette exposition, si Montis prenait pretexte de cette singularité pour prouver ses ambitions de peintre, d’apprenti-peintre, aime-t-il à dire.

Je connais peu cet artiste. Je le connais assez (modeste, lucide et passionné) pour être sûr qu’il mépriserait le flagorneur qui prétendrait l’aligner sur les novateurs dont les explosifs, depuis un siècle, désintègrent la peinture dite traditionnelle, à travers le monde. Guy Montis n’a rien d’un chambardeur, ce qui n’empêche pas qu’il soit une anomalie en cette époque d’hommes de laboratoire voués aux recherches picturales pures. Il est par excellence peintre de portraits, peintre des gens de son villege. Et d’ailleurs, à l’occasion. Rien n’est plus rare, me semble-t-il, en une époque de révolutions plastiques au nom du subjectif.

Si le XIXème siècle compte de nombreux et d’excellents portraitistes issus de David et d’Ingres avant Courbet, Manet, Renoir, Cézanne...combien de nos cent et quelques mille peintres se sont astreints, en ce demi-siècle, à des représentations valables de leurs contemporains ? Albert André à ses débuts, Valloton (notre Holbein)et Bonnard, Vuillard quelquefois, Marquet, Picasso quand il le voulut...Modigliani...Qui encore ? Ni Matisse malgré des efforts désespérés pour piger une physionomie, ni Rouault, rarement Dufy. Quelques membres de l’Institut ? Pourquoi pas les opérateurs du Service Anthropométrique ? Soyons sérieux.

Solidement bâtis dans une pâte qui leur assure un heureux vieillissement, clairs, colorés, toujours expressifs parce que révélateurs de vie intérieure, les portraits de Montis ont une fraîcheur, une saveur d’esquisse. Et, je crois que Bonnard eut été intéressé par la truculence de ces visages provençaux prestement enlevés, lui qui rêvait d’avoir la patte de Frans Hals, son contraire. Que dis-je ?

Ne va-t-on pas m’accuser de comparer Montis à Franz Hals ? Tout de même...

Tout de même, accordez une visite aux gens si divers de Maussane, figurés entre des plants de riz fraîchement coupés dans un décor de montagnette et de toréador chamarré venu au village, un dimanche. Rien n’est plus salubre que ces conracts. Et vous ne pourrez nier la santé d’une peinture qui n’est pas cette entité indépendante dont la gratuité prolongée aboutit au tic d’époque.

George Besson


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